Etoile de mes rêves...

poèmes que j'aime

Des poèmes trouvés au hasard dans des livres ou sur internet...Auteurs connus ou inconnus, mais tous m'ont plu...

Sphinx, Rainer Maria Rilke

le 16/02/2008 à 10h29

Sphinx.


*


Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,


tenant dans sa main roide un revolver brûlant.


Les badauds s'étonnaient. - Et l'ambulance


l'emporta vers l'hôpital jaune.


*


Une seule fois s'ouvrit sa paupière...


Nulle lettre, nul nom,- seuls une robe, un châle;


puis vint le médecin, questionnant à voix basse,-


puis le prètre. - Elle resta muette et livide.


*


Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,


avouer... Personne dans la salle ne l'entendit.


Un râle. - Et on l'emporta,


elle et sa souffrance. -


Et dehors nulle tombe.


 

Il pleut doucement sur la ville...

le 20/01/2008 à 11h53

Un classique (et on comprend pourquoi, il est superbe!):


*


Il pleure dans mon coeur


Comme il pleut sur la ville;


Quelle est cette langueur


Qui pénètre mon coeur?


*


Ô bruit doux de la puie


Par terre et sur les toits!


Pour un coeur qui s'ennuie


Ô le chant de la pluis!


*


Il pleure sans raison


Dans ce coeur qui s'écoeure.


Quoi! nulle trahison?...


Ce deuil est sans raison.


*


C'est bien la pire peine


De ne savoir pourquoi


Sans amour et sans haine


Mon coeur a tant de peine!


***


Verlaine, in Romances sans paroles.

Les Syrtes, Jean Moréas

le 20/01/2008 à 11h46

C'est le passé, c'est la passé


qui pleure la tendresse morte;


c'est le bonheur que l'heure emporte


qui chante sur un ton lassé.

poème de Reverdy

le 20/01/2008 à 11h42

Figure délayée dans l'eau


Dans le silence


Trop de poids sur la gorge


Trop d'eau dans le bocal


Trop d'ombre renversée


Trop de sang sur la rampe


Il n'est jamais fini


Ce rêve de cristal.


*


(in Le Chant des morts, 1944-1948)

L'aile facile, Reverdy

le 15/01/2008 à 18h51

Il a les ailes libres
des bateaux dans les mains
Et les yeux pleins de givre
du vent jusqu'au matin
*
En regardant la vague
du temps le plus amer
sur le chemin qui drague
la houle de la mer
*
Et sur la frange d'or
des rêves mal rompus
Dans l'esprit qui s'endort
la mort ne veille plus
*
Mort mords les moulures du remords
les pavages dans la glace
l'image bleue qui s'efface
la visage blanc sans yeux
*
Le front pâle sans cheveux
la lune rebelle
et sous l'arc du ciel pluvieux
l'agonie des étincelles.

Noël, Fernando Pessoa

le 15/12/2007 à 18h00

Noël...

Neige sur la province.
Dans les foyers pleins de tendresse,
Un sentiment conserve
Les sentiments passés.

Coeur qui s’oppose au monde entier,
Quelle vérité, la famille !
Profonde est ma pensée,
C’est pourquoi j’ai de la saudade.

Et comme elle est blanche de charme
La vue du paysage que j’ignore,
Telle qu’elle se montre dans la vitre
De ce foyer que je n’aurai jamais.

*

Fernando Pessoa

Le Déserteur, Boris Vian

le 12/11/2007 à 11h37

Boris Vian

*

Le Déserteur

*

Monsieur le Président je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
je ne veux pas la faire
je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
je m'en vais déserter

*

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

*

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer.

sur la guerre...

le 12/11/2007 à 11h37
Les morts ne dorment pas, ils n'ont que cette pierre
Impuissante à porter la foule de leurs noms.
Le souvenir du crime est la seule prière,
Passant, que nous te demandons.

 

 

 

 

Louis Aragon

Pablo Neruda

le 02/03/2007 à 18h17

Pablo Neruda - XLIX, Le Livre des Questions.


Quand je vois la mer,


La mer m’a-t-elle vu ou non ?


          *                


Pourquoi, m’interrogeant, les vagues


me revoient-elles mes questions ?


         *               


Pourquoi, battant le roc, ont-elles


tout cet enthousiasme perdu ?


             *                  


Lasses ne sont de répéter


au sable leur déclaration ?

Sophia de Mello Breyner

le 02/03/2007 à 18h14

Je raconterai...


Je raconterai la beauté des statues –


Leurs gestes immobiles ordonnés et froids –


Et parlerai du visage des navires


                             *        


Sans que personne ne découvre les secrets


Qui tels des fleuves coulent dans mes bras


Et emplissent de sang la pointe de mes doigts.

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